CARTE SANITAIRE

CARTE SANITAIRE

CARTE SANITAIRE : UN PROJET IMPORTANT DONT IL FAUT ASSURER L’EFFICIENCE ET QU’IL FAUT EXPLIQUER AUX MÉDECINS.

La nouvelle loi 34-049 souhaiterait définir une carte sanitaire marocaine et introduire la notion d’optimisation de l’offre de soins. Elle va avoir un impact important sur la régulation de l’offre de soins et sur les médecins dès lors que des décrets d’application seront adaptés. Conceptuellement cette loi est importante dans toute politique de santé, car l’objectif ultime est d’assurer des prestations de santé préventives et curatives à la population qui le nécessite. Néanmoins pour que ce projet puisse avoir tout son sens et avoir des implications opérationnelles pertinentes, il est indispensable qu’il intègre plusieurs concepts et outils. Je ne pense pas qu’il suffit de dire « nous allons démocratiser l’accès aux soins et pour cela nous allons mieux repartir l’offre ».

Ce projet ne pourra réussir que par l’intégration de deux concepts celui de la demande et celui du besoin. Par demande on sous-entend les problématiques de santé auxquelles les Marocains font face.

Par besoins, on sous-entend les prestations sanitaires définies par les professionnels de santé et dont auraient besoin une population. Ainsi, il faut que le ministère de la santé ait une idée précise et complète de l’épidémiologie des maladies au Maroc, ce qui n’est pas le cas, car les données sanitaires n’intègrent absolument pas plusieurs secteurs importants du système à savoir le secteur privé, le secteur sanitaire militaire, le secteur semi public et le secteur « informel ». Ainsi, basée une planification sanitaire en l’occurrence une offre de soins sur les données épidémiologiques actuelles ne sera pas efficace. Il faut donc Avoir un système de surveillance épidémiologique permettant d’avoir des données de différents secteurs et permettant ainsi d’avoir une meilleure image de l’épidémiologie des maladies au Maroc. Les méthodes pour y arriver existent et il suffit que les responsables y travaillent avec l’ensemble des partenaires.

Enfin, le partenariat public privé dont parle le projet de loi est une bonne initiative mais encore une fois, il est important que les bonnes questions soient posées. Ce partenariat concerne particulièrement le « numerus clauses » à savoir l’implantation de structures ou d’équipements selon des ratios régionaux. Un numerus clausus n’a d’intérêt que lorsqu’un outil d’évaluation est mis  en place. Qui aujourd’hui évalue les structures de soins en termes de qualité de la prestation, de performance médicale et de sécurité des patients? Optimiser une offre de soins et permettre une meilleure accessibilité du citoyen aux prestations de services en imposant des règles de planification sanitaire et un objectif louable, mais pour être efficient il faut en même temps s’imposer des règles d’évaluations aussi bien du secteur public que privé. La création d’une agence nationale d’évaluation et d’accréditation en santé indépendante est plus qu’une nécessite mais un outil indispensable à l’amélioration d’un système de santé. Et à ce sujet j’espère que les projets en cours et relatifs à ces aspects seront concrétisés sur le terrain car un système de soins efficient et qui satisfait la population (le Maroc est malheureusement mal classé par les instances internationales sur ce point) est un vrai indicateur de développement.

Je pense que la décision de mettre en place une carte sanitaire a été proposée parce que l’on s’aperçoit que l’adéquation demande-besoins-offre sanitaire n’est plus  de l’optimal. Aujourd’hui, on assiste des déséquilibres flagrants à l’intérieur d’une même région et entre les différentes régions du pays. C’est pour cette raison que l’idée d’une carte sanitaire est très bonne et mérite d’être applaudie et encouragée. Il convient cependant de se poser des questions sur la méthode qui sera adaptée pour la réalisation de ce projet. De même, il est tout aussi important de se demander si le texte de loi répondra aux objectifs d’accessibilité et de réponse aux besoins de santé de la population. C’est cet aspect qui me préoccupe. Je n’ai pas la conviction que les médecins aient suffisamment d’information pour évaluer les enjeux et pouvoir apporter leur contribution dans les nouvelles conditions de projet de loi.

Je pense également qu’il faut davantage approfondir la notion de rôle de formation figurant dans le projet de loi et y inclure le prive comme acteur fondamental au même titre que le secteur public. De même qu’il faut que cette loi soit plus complémentaire avec loi – 10-94 de  l’exercice de la médecine. Enfin, on n’instaure pas moins de 6 commissions ou comités qui ne pourront pas être des instances décisionnelles mais des instances consultatives alors que le bon sens serait d’avoir un organe indépendant d’évaluation des actions de santé, des soins, de la qualité, de la sécurité sanitaire des patients et d’accréditation en santé. Une agence nationale ou un office national dédie à ces missions comme cela est le cas dans plusieurs pays dont la France, Les usa, le Canada etc.…. et comme c’est le cas de plusieurs secteurs au Maroc. ONSSA, ANDS, ANAM…etc.

Par:
Dr. J. HEIKEL